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INCENDIES DE MARCHES AU TOGO : UN PROCESSUS ÉLECTORAL SOUS LE SCEAU DE LA STRATÉGIE DE LA TERREUR ET DE LA VIOLENCE FAITE AUX FEMMES
NOTE DE SITUATION AU 31 JANVIER 2013
Pour bien comprendre la situation qui prévaut aujourd’hui au Togo, il faut se rappeler que Mr Faure Gnassingbé est arrivé au pouvoir au décès de son père à la faveur d’un coup d’Etat, puis d’un processus électoral sanglant aux termes duquel une mission d’établissement des faits de l’ONU évaluera le nombre victimes à plus de 500 morts.

L’inégalité des rapports de forces amène l’opposition à signer en 2006, à la suite d’un long dialogue politique l’accord politique global de Lomé (APG).

Par cet accord, les Parties prenantes s’engagent à poursuivre toutes les réformes visant à consolider la démocratie, l’Etat de droit et la bonne gouvernance. Les Institutions issues du Dialogue et des élections législatives (2007) s’emploieront à mettre en œuvre les réformes permettant d’adopter des textes fondamentaux consensuels, conformément à l’esprit de la Constitution d’octobre 1992 et du Code Electoral du 05 avril 2000 issu de l’Accord-Cadre de Lomé. Or en dépit des engagements pris, le régime de Faure Gnassingbé refuse de mettre en œuvre les réformes susceptibles de faire espérer la fin d’un régime dictatorial vieux de 50 ans, dirigé par le père puis par le fils, par le même parti politique et avec les mêmes pratiques de gouvernement. Cette gouvernance de conservation du pouvoir s’appuie sur la répression systématique et violente de l’opposition, l’usage de la torture, l’instrumentalisation de la justice et la prédation des richesses nationales par une minorité, pratiques qui s’intensifient systématiquement à l’approche des échéances électorales.


1. Manipulations abominables
12 janvier 2013 à 08h53 ; alors qu’ils étaient aux côtés des femmes sinistrées aux abords du grand marché de Lomé dévoré par les flammes, certains dirigeants du Collectif Sauvons le Togo (CST) reçoivent, ahuris et incrédules l’alerte suivante par SMS : « Soyez prudents. Ne pas faire de déclaration sur les incendies de marchés. Le bruit circule que le pouvoir prépare un montage avec des jeunes arrêtés pour les obliger à accuser CST, ANC, ARC EN CIEL ». Leur incrédulité fut de courte durée, car dès le lendemain, les arrestations débutèrent dans les rangs des partis politiques et associations membres du CST, avant même que deux experts français de police scientifique de la cellule investigation de la brigade des sapeurs-pompiers de Paris ne soient invités pour enquêter sur l’origine des incendies.
A ce jour, tout se passe comme annoncé dans l’alerte reçue aux premières heures de l’incendie : arrestations et détentions arbitraires de responsables d’organisations politiques et de jeunes, raflés dans les rues ou à leurs domiciles ; conférences de presse du Ministre de la sécurité et du Procureur de la République au cours desquelles des coupables sont désignés ou exhibés, des pseudo pièces à conviction exposées sans la moindre précaution, aveux spontanés et télévisés de personnes arrêtées, déclarant avoir participé à des réunions ou reçu l’ordre d’exécuter des forfaits, bref des machinations grossières, dignes de l’époque du rideau de fer. Que se passe-t-il donc au Togo ? Pourquoi un tel enchaînement de drames à quelques mois d’échéances électorales, législatives et locales ?